PACS ! On se calme Quand, en 1991, sept ans avant qu'un débat soit proposé au Parlement et que certains veuillent récupérer le PACS tout en le dénaturant, nous, homosexuels, revendiquions un projet intéressant l'ensemble de la société. La Garde des Sceaux l'a d'ailleurs souligné en 1997. Laisser à penser que le PACS a été d'abord conçu pour les homosexuels accréditerait l'idée finalement homophobe selon laquelle les homosexuels seraient capables de ne s'intéresser qu'à eux. Défendre un texte « ciblé » homosexuel en incluant les concubinages hétérosexuels pour « faire républicain » serait prendre ces derniers en otage. Ce n'est guère courageux. Si seule la situation des gays suscite de l'intérêt, alors dites-le franchement, c'est le mariage qu'il faut remettre en cause, ce que souligne avec raison quelques associations homosexuelles. Ce n'est pas le chemin que veulent suivre les initiateurs de la proposition. Non, ce qui importe, c'est l'organisation de la vie de la société dans son ensemble et non exclusivement celle de telle ou telle communauté. Si l'intégration des fratries pose problème d'un point de vue juridique car elle touche à la politique familiale, le PACS doit néanmoins s'adresser à toutes les situations de projet commun de vie. Deux personnes âgées qui n'entretiennent pas de relations sexuelles doivent pouvoir bénéficier d'un statut protecteur. Deux personnes qui cohabitent pour régler des difficultés matérielles ne doivent pas être obligées de coucher pour bénéficier de droits. Le PACS a donc été conçu pour trois publics : les couples homosexuels, les couples hétérosexuels et les unions de solidarité. Madame Bachelot (RPR) le dit depuis le début, madame Guigou et messieurs Michel et Bloche l'ont dit clairement dans leurs interventions devant l'Assemblée le 9 octobre. Celles et ceux qui veulent que le PACS ait une charge symbolique doivent pouvoir s'y retrouver. Elle ne doit pas être imposée. N'oublions pas que 30% des concubins déclarent ne pas se marier « à cause de la publicité et du rituel ». L'Etat n'a pas à symboliser les rapports privés mais les liens sociaux. Quand nous avons proposé PACS comme appellation au cadre juridique que nous voulons, c'est parce qu'il signifiait « PAIX ». C'est donc un appel à la PAIX que nous lançons à l'intention des élus de la nation. Que le sale vendredi (qui n'est tout de même pas la fin du monde...) ait troublé les esprits peut s'expliquer. De là à ce qu'il justifie le vent de folie qui souffle autour du PACS, il y a un pas que nous ne franchirons pas. N'ajoutons pas des maladresses ou de la vaine surenchère l'insulte violente faite à la société civile le vendredi 9 octobre 1998 par de trop nombreux parlementaires. Vent de folie à droite, qui refuse de voir la société telle qu'elle est : ses couples hors mariage, ses duos, ses fratries, bref, ces multiples liens de natures différentes qui présentent une apparence commune, la cohabitation la plupart du temps, et les difficultés concrètes qu'entraîne l'absence de cadre juridique prévu. Vent de folie à gauche, qui tombe dans le panneau tendu par l'opposition en disant ici et là que le PACS est fait, mais on nous le cache, spécialement « pour les homosexuels »... qui sont loin d'être unanimes pour en demander tant ! On imagine qu'après une bévue tant organisationnelle que politique, on cherche à en rajouter dans une apparente ouverture d'esprit qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez. Alors, PACS ! On se calme. Le pacte civil de solidarité est né dans la société civile, il concerne des millions de personnes et n'est pas un texte catégoriel ( catégorie vient du grec Katégoria : accusation... ). On ne combat pas l'exclusion de certains par celle des autres, sauf à refuser les vertus républicaines et la notion de citoyenneté. Que des centaines de députés (de droite comme de gauche...) aient trouvé « mieux à faire » le 9 octobre que de débattre du PACS complique un peu plus la relation déjà passablement détériorée des citoyens avec ceux qui sont perçus comme des « professionnels de la politique » Pourtant, nous ne brandirons pas le triste étendard de l'anti parlementarisme. Les 2/3 des Français approuvent le PACS. Il ne s'agit pas d'un débat gauche/droite ni d'une opposition entre citadins et ruraux qui, au passage, méritent mieux que d'être considérés comme des « ploucs ». Il s'agit essentiellement d'un « conflit » de génération : seuls les plus de 50 ans sont majoritairement opposés au projet. Les parlementaires devraient y penser : c'est la France d'aujourd'hui et de demain qu'il faut construire et non celle du passé. De grâce, que les uns et les autres cessent de mépriser les promoteurs nombreux et divers du PACS en le caricaturant, en le dénaturant et en le récupérant. Les parlementaires doivent vite en venir au débat de fond que la droite a refusé en votant une motion d'irrecevabilité. La politique doit retrouver son sens et sa finalité : organiser la vie de la société. Jan-Paul Pouliquen & Denis Quinqueton Président et Secrétaire général du collectif pour le PACS.