Paris, le 16 octobre 1998 Conférence de presse du 16 octobre 1998 Intervention de la L.G.P. - Paris La L.G.P. - Paris soutient le PACS et a fait du C.U.S. (Contrat d'Union Sociale) le mot d'ordre de la marche dès 1996. Nous avons, aux côtés de beaucoup d'autres associations, bataillé ferme pour que ce statut dépasse le cadre d'un simple exercice de style de l'opposition d'alors, et pour que, à la suite des élections de 1997, la nouvelle assemblée travaille sur le sujet avec l'intention d'aboutir. Nous avons également fait un long travail de sensibilisation sur la question auprès des organisations de lutte pour les droits de l'Homme, les organisations syndicales, les partis politiques. C'est donc avec plaisir et fierté que nous constatons qu'à l'occasion du rejet inopiné et malencontreux du PACS, nombre de ces organisations nous soutiennent, et font ici acte de présence pour affirmer leur attachement à ce projet. Nous sommes ici pour dire, en premier lieu, que la séance de l'Assemblée nationale nous a profondément et doublement blessés. Bien évidemment, les absents ont toujours tort, et, si nous tenons à remercier les députés présents pour la Majorité plurielle, nous avons ressentis comme l'expression d'une gêne proche du mépris l'absence de leurs collègues. Mais à côté de cette gêne, nous avons également vu ressurgir des bancs de l'opposition, toute ragaillardie par la tournure des évènements, la haine et l'homophobie ordinaire, se donnant en spectacle dans l'ivresse d'une victoire d'occasion. Nous avons alors pu constater combien sont différentes les approches, entre un discours digne et une perspective d'égalisation des situations, et le peu ragoûtant mélange de libéralisme truqué, de familialisme étriqué et de catholicisme crispé qui sert de façade "présentable" aux fantasmes que le PACS a fait naître dans les rangs de la droite. Alors, nous disons en second lieu qu'il ne faut pas se tromper d'ennemi, et que, si les composantes de la gauche sont fautives d'avoir sous-estimé l'importance de l'enjeu, ceux qui ne veulent à aucun prix d'une évolution pour les couples hors mariage, homosexuels ou hétérosexuels, sont bien à droite. Et qu'en plus ils n'ont pas hésité à employer toute la panoplie des vieilles haines et de la propagande la plus outrancière dans le but d'inquiéter et de susciter un rejet populaire du texte. Nous espérons que l'affluence de la manifestation de demain donnera tort à ces espoirs. Les propositions qu'elle fait sont d'ailleurs empreintes d'un mépris et d'une morbidité inouïs, puisqu'elles consistent à régler, au détours de quelques amendements d'un D.D.O.S. ou d'un D.D.O.F. (on ne sait plus très bien…) le seul cas des droits de succession. Comme si les homosexuels/les, si récemment découverts de ce côté de l'échiquier politique, ne méritaient qu'un aménagement de funérailles. Lapsus, avez-vous dit? Mais pour autant, nous demandons également que les députés de la Majorité soient plus sensibles aux demandes des associations gaies et lesbiennes qui ont été formulées depuis plusieurs mois. Ces revendications portent sur la mise en cohérence des divers délais, la signature du PACS en mairie, l'alignement au maximum des dispositions fiscales sur celles du mariage, l'amélioration des dispositions relatives aux étrangers, la séparation du sujet des fratries d'avec celui du PACS. Nous ne reviendrons pas sur ces points, qui sont largement connus des responsables politiques, et qu'ont pris en compte certaines des propositions de lois déposées ces derniers jours. Plus largement, notre propos voudrait rappeler à la Majorité parlementaire que le PACS ne sera un statut vivant et fort que s'il propose des perspectives certaines à ses usagers. La L.G.P. - Paris a toujours défendu un projet qui ne soit pas un statut particulier, étranger à l'esprit de la République. Nous sommes donc fiers que le PACS soit accessible à tous les couples, et que ses dispositions permettent de nouvelles solidarités transversales et solidifient des liens existants. Pour autant, nous estimons que le PACS est fondamental pour les couples homosexuels car il les fera accéder à une reconnaissance, et une légitimité sociale validée par les plus hautes instances de notre pays. Que l'État reconnaisse leur réalité, et la validité de leur relation, au delà de leur sexualité, est de nature à rendre à des millions de gais et de lesbiennes un peu de ce que la société leur a pris pendant des siècles: la fierté d'être une personne, au delà de ses affinités sexuelles, la possibilité de mener une vie ouverte et libérée du mensonge, la possibilité de s'exprimer et d'être protégé en tant qu'homosexuel/le. Cette visibilité sociale de l'homosexualité, enfin reconnue, nous demandons que le gouvernement et la Majorité l'assument. Face aux attaques réactionnaires et aux craintes de froisser l'électorat modéré, il faut que l'épisode de vendredi dernier soit l'occasion de revenir à un texte qui affiche clairement que, oui, ce texte reconnaît les gais et les lesbiennes, et que ce n'est que justice. Que cela n'enlève rien ni à la famille, ni aux fratries, ni aux bonnes moeurs, mais que cela donne à une forte minorité le signe que l'État ne les relègue plus dans le mensonge, et leur permet de vivre à leur manière, et en respectant leur histoire. Que le PACS, énième avatar d'un projet vieux de presque dix ans, conçu dans la douleurs des morts liées au sida, porté par les communautés homosexuelles, assumé par les partis politiques actuellement au pouvoir, soit le bien de millions de nouveaux couples, nous ne pouvons que nous en réjouir, et rester vigilants pour que l'accouchement soit autre chose qu'une courtelinade. C'est dans cet esprit que nous, et tous ceux qui ont signé notre appel, manifesterons demain.